Politique | Lettre panafricaine

L’occident-a-t-il court-circuité la révolution burkinabé ?

Par Frédéric Delorca, Afreekara. Source comite-valmy.org

La fin de règne de Blaise Compaoré au Burkina Faso face à un peuple debout, a laissé l’espoir d’une résurrection de l’idéal révolutionnaire panafricain, 27 ans après l’assassinat de sa figure, le capitaine Sankara, par une coalition impérialiste avide de domination. L’Occident hégémoniste qui aura marché main dans la main avec Compaoré, allait-il laisser le peuple choisir librement sa transition puis son président ? De nombreuses voix tôt en ont douté, y compris en Occident. C’est le cas du Comité Valmy une organisation qui se définit comme « républicaine, laïque et progressiste», par ailleurs «anti-impérialistes».

Son analyse de la situation burkinabé avant la désignation d’un président de transition ne manque pas d’intérêt. Nous en reproduisons un article signé de Frédéric Delorca sur le site du comité Valmy.

 

Burkina Faso : L’occident court-circuite la révolution.

Après 27 ans de règne, l’assassin de Thomas Sankara, Blaise Compaoré, a dû s’incliner devant le mouvement populaire qui s’opposait à son projet de réforme de la constitution. Il souhaitait pouvoir se représenter une énième fois à l’élection présidentielle. Il a dû présenter sa démission. Il s’est réfugié chez Allasane Ouattara, installé au pouvoir en Côte d’Ivoire en 2011 par l’armée française et Nicolas Sarkozy. Il échappe ainsi, grâce à la complicité des militaires et de François Hollande, au procès que la gauche burkinabé voulait lui intenter.

Dès le 7 octobre la France avait tenté de lui offrir une porte de sortie honorable. Mais des voix à Paris, comme celle du député socialiste François Loncle, président du groupe d’amitié parlementaire France-Burkina Faso, recommandaient de ne pas tenter de précipiter la chute du dictateur, perçu comme un "facteur de paix" dans la région. Laurent Fabius, lui emboîtait le pas, en déclarant que « nous n’avons pas à faire ou à défaire un gouvernement. Ce que nous souhaitons, nous les Français, c’est que nos ressortissants soient protégés et que l’on aille vers l’apaisement ».

Un maillon important de l’impérialisme occidental au Sahel a cédé.

Depuis lors les intrigues se multiplient pour voler au peuple sa victoire. L’armée s’est installée aux commandes, désignant un jeune officier, le lieutenant-colonel Isaac Zida, pour conduire un régime de transition. Cela avec l’aide du mouvement Balai Citoyen, qui pourrait être financé de l’extérieur vu ses moyens depuis un an pour s’équiper en T-shirts, organiser des concerts, etc. Les militaires prenaient immédiatement contact avec la France et les Etats-Unis.

Hier deux personnes ont soi-disant voulu s’autoproclamer présidentes à la télévision avant de se rétracter. Parmi elles Saran Sérémé, présidente du Parti pour le développement et le changement (PDC), et présidente de la coordination des femmes de l’opposition, organe influencé par le National Democratic Institute étasunien, dirigé par la sinistre ancienne secrétaire d’Etat de Bill Clinton Mme Madeleine Albright. Le parti que Saran Sérémé dirige n’a fait scission de celui de Compaore qu’il y a 2 ans.

A l’évidence Washington est à la manoeuvre. "Les Etats-Unis condamnent la tentative de l’armée burkinabé à imposer sa volonté au peuple du Burkina Faso", a déclaré une porte-parole du département d’Etat, Jen Psaki. Au milieu de la confusion qui règne à Ouagadougou, divers indices laissent penser que les Occidentaux sont en train de concocter un nouveau pouvoir civil à leur botte.

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