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Capoeira : Culture et art martial brésilien, héritage africain

Sport de combat, danse «tribale», culture…La profusion de termes qui prévaut quant à la définition de la Capoeira vient rappeler toutes les particularités de son histoire et de son expressivité. Si cet art martial brésilien est connu du plus grand nombre aujourd’hui, sa formidable expansion durant les quinze dernières années n’est en réalité qu’un signe parlant de la vivacité des nombreux héritages africains, legs tellement profond qu’il se répand prodigieusement dans nombre pays d’Amérique, d’Europe et d’Océanie.

Quand une pratique réprimandée devient un savoir recherché

Les exemples d’interdits esclavagistes face aux affirmations d’expressions insurgées, devenues, - même après la dignité reconquise ! -, mode de vie ou culture à part entière, sont légion. La capoeira en fait partie. Cette technique de combat à mains nues est héritée des Africains déportés au Brésil (principalement des Angolais et des Mozambicains) qui y subissaient l’esclavage. Mêlant harmonieusement lutte et danse, le capoeiriste utilise principalement la force et la souplesse de ses jambes et de son buste, comme une fidélité à ses précurseurs aux mains enchaînées. Inspirées des danses et rituels africains traditionnels, sa gestuelle rappelle la souplesse animale dans ce qu’elle a de plus agile, spectaculaire. Vivacité et maîtrise du corps sont alors indispensables à un athlète puissant, et tout aussi souple. Ces capacités si particulières sont dues aux extrêmes difficultés que suggérait la fuite pour les captifs en quête de liberté. La journée passée, ils s’entraînaient dans les plantations afin de perfectionner leur art, de ramener un peu d’espoir et de calme dans une réalité bien dissemblable. Sport dans lequel les protagonistes ne se touchent pas, s’effleurant au millimètre. Répétition inoffensive face au partenaire d’entraînement, mais ô combien préparatoire au combat face à l’oppresseur. 

C’est la raison pour laquelle la capoeira est un art corporel complet, incluant combat et danse, sans oublier le rôle essentiel de la musique. Ainsi, le capoeiriste est aussi celui qui rythme ce jeu, son talent musical étant aussi important que ses capacités physiques, pour être reconnu dans la « roda », le cercle intimiste où se déroule le rituel. C’est par le berimbau, l’atabaque, le pandeiro et l’agogo qu’il produit ces sons si particuliers, accompagnés de chants qui créent l’énergie nécessaire afin d’optimiser les performances des athlètes. Il faut savoir que ces instruments sont pour beaucoup issus du continent noir, usités à leurs prémices comme avertisseurs des arrivées opportunes, indissociables des cultes Vaudou par ailleurs.

Apparue entre le XVIème et le XVIIIème siècle, alors exclusivement pratiquée par les esclaves noirs, le terme « capoeira » désigne la case de l’esclave ou ces lieux de refuge pour les évadés. Ce n’est pourtant qu’en 1937 que la capoeira est autorisée au Brésil, longtemps réprimée par le gouvernement pour les rixes, crimes et tapages nocturnes occasionnés par quelques marginaux.

Un fond commun, des pratiques disparates

Art digne, pour ses vertus de respect et de fraternité, la capoeira est enseignée dans les écoles, universités et académies militaires depuis. Elle doit son émergence à ces maîtres qui l’ont sacralisée : les regrettés Maître Bimba, Mestre Pastinha, Mestre Caiçara, ainsi que l’un de leur disciple, Mestre João Pequeno, qui enseigne encore de nos jours. Avec le temps et les spécificités nationales et régionales de ses adeptes, la capoeira s’est diversifiée, et l’on distingue principalement deux écoles : « l’Angola » et « la Regionale » qui ont modifié quelque peu sa structure rythmique et compétitive, restant fidèles à ses fondamentaux. Plusieurs grades déterminent le niveau de l’athlète, du simple élève au mestre, celui qui possède la sagesse capoeirienne. Comme pour rappeler que les distances ne sont que physiques, et l’héritage africain commun, on retrouve dans l’Océan Indien depuis plusieurs siècles des pratiques analogues à la capoeira : le moringue (Madagascar, Mayotte, Réunion), le sové vayan, le maloyè et le bénodin (Guadeloupe), le danmyé et le ladja (Martinique).

Donner une définition stricte de la capoeira se révèle d’une extrême difficulté, se situant au confluent du sport, de l’art martial, du divertissement, de l’activité mémorielle et identitaire, et désormais au-delà de la sphère des descendants d’esclavisés comme pratique ludique. Nonobstant cet embarras relatif, les rites afro-brésiliens et la conscience noire, à partir des années 1980, ont indéniablement cimenté l’essence de cet art martial tout en accompagnant sa diffusion planétaire. Spectacle, jeu, sport, mais aussi simultanément mode de vie et de penser

Nelson G. Da Silva

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