Gwo Ka guadeloupéen, danse rituelle du Burundi, rituel de la Sebeïba en Algérie inscrits au patrimoine culturel immatériel de l’humanité

Par Afreekara

L’inscription de la culture ancestrale africaine, d’origine africaine et caribéenne au patrimoine culturel immatériel mondial le 26 novembre 2014, bien que quelque peu noyée dans une domination des expressions patrimoniales occidentales, est tout de même à saluer. Le Gwoka guadeloupéen, la danse rituelle au tambour royal du Burundi, le rituel de la Sebeïba en Algérie témoignent encore aujourd’hui de modes de vie, de résistance, de résilience, de socialisation, de gestion des conflits inventés et conservés jalousement par les peuples et civilisations anciens, conscients des valeurs encapsulées derrière les danses, transes, contorsions, poèmes, langages tambourinés.

Le patrimoine culturel immatériel tient son importance tant comme trace historique de l’humanité que comme savoirs et savoir-faire traditionnels encore disponibles. Complémentaire ou alternatif aux connaissances d’un monde moderne dévoreur de ressources, chronophage, sur-militarisé, souvent subtile captateur des libertés humaines prisonnières des hégémonies utilitaristes et matérialistes, il offre en sus un répertoire riche d’expériences civilisationnelles et d’archives vivantes disponibles à l’alimentation d’une diversité existentielle locale et globale. Le patrimoine culturel immatériel redonne la parole aux anciens, aux communautés, aux collectifs, aux traditions orales, aux procédures de la proximité conviviale et de la répétition qui auront été les gardiens fidèles de la très longue expérience humaine avant la période contemporaine.

L’Unesco voit dans le gwoka : «l’un des éléments les plus emblématiques de la société guadeloupéenne. Il combine le chant responsorial en créole guadeloupéen, les rythmes joués aux tambours ka et la danse. Le gwoka associe ces trois domaines d’expression en valorisant les qualités individuelles d’improvisation. Les participants et le public forment un cercle dans lequel les danseurs et le soliste entrent à tour de rôle, en faisant face aux tambours. Le gwoka renforce l’identité et procure un sentiment de valorisation collective et de fierté individuelle, en portant des valeurs de convivialité, de résistance et de dignité

Pour ce qui est de la danse rituelle burundaise au tambour royal, elle associe, pour l’organisation des Nations unies «le son du battement des tambours, puissant et synchronisé, à des danses, de la poésie héroïque et des chants traditionnels. Cette danse exige au moins une dizaine de tambours, toujours en nombre impair, disposés en demi-cercle autour d’un tambour central. Deux ou trois tambourinaires exécutent des danses au rythme des tambours. La danse rituelle est un cadre de transmission de messages culturels, politiques et sociaux, ainsi qu’un moyen privilégié de réunir des personnes de générations et d’origines diverses, encourageant ainsi l’unité et la cohésion sociale».

L’intérêt pour le rituel et les cérémonies de la Sebeïba, pratiqués par deux communautés de l’oasis de Djanet en Algérie le premier mois du calendrier lunaire musulman, est qu’il s’apparente à une conjuration symbolique de la violence intercommunautaire possible transposée dans des simulacres ludiques et une compétition artistique. «Des danseurs et des chanteuses s’affrontent pour représenter leur communauté lors d’une compétition qui se déroule sur neuf jours. Les danseurs défilent en tenue de guerriers et présentent leurs armes, puis forment un cercle rituel en faisant cliqueter leurs épées tandis que les femmes chantent des chants traditionnels au rythme des tambourins», selon la description de l’Unesco.

Le patrimoine culturel ne se limite plus à une conception monumentale et matérielle, il s’est déployé vers les «traditions ou les expressions vivantes héritées de nos ancêtres et transmises à nos descendants, comme les traditions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales, rituels et événements festifs, les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ou les connaissances et le savoir-faire nécessaires à l’artisanat traditionnel» dans l’acception de l’agence spécialisée. Longtemps négligé et présumé rétrograde ou même témoin gênant des âges obscurs, il est désormais réinterprété sous l’espèce du capital cognitif incommensurable qu’il apporte aux générations nouvelles et qu’un indispensable travail de transmission leur fera découvrir pour le bien commun.  

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