Burkina Faso entre peuple, armée et Françafrique : La transition sera-t-elle intègre ?

Par Afreekara

Le Burkina Faso vit et fait vivre à toute l’Afrique subsaharienne des heures d’une extrême valeur emblématique. Sera-ce un exemple, un modèle à suivre ou un énième épisode amère où le peuple un temps relevé aura vite appris à déchanter de ses espoirs d’un renouveau politique ?

Tout s’ébranle la semaine du 27 ou 31 octobre 2014 à la suite de la décision le 21 octobre, du président Blaise Compaoré au pouvoir depuis 27 ans de modifier l’article 37 de la constitution de son pays afin de se représenter à l’élection présidentielle et éventuellement de se maintenir quinze ans supplémentaires. La réaction populaire, d’un grand civisme dans son ensemble oppose une fin de non-recevoir cinglante au président et marche dans la rue pour empêcher un passage en force à l’assemblée. Une réaction qui se comprend comme un ras-le-bol longtemps contenu ou impossible à exprimer en d’autres conditions politiques.

En effet si la pression de la rue a pesé avec certitude, les années 2003, 2008 et 2011 avaient déjà vu le régime de Compaoré vaciller face au peuple, devant affronter au moins une mutinerie de l’armée. L’aubaine d’une évidente muflerie politique et une volonté d’éternisation au pouvoir dans un contexte de lâchage et de défection d’anciens caciques du régime et même de certains soutiens internationaux, a permis à la colère des populations de prendre momentanément le dessus sur un clan présidentiel affaibli, usé, désuni.      

Les premières questions à la transition surviennent par conséquent dès qu’un nouveau président, «désigné» par l’armée dans des conditions troubles, se proclame chef de l’Etat. Le colonel Zida, inconnu du grand public prend la tête du pays, semble-t-il choisi par la «haute hiérarchie militaire». Issu des rangs de la garde présidentielle, il appartient à une unité considérée comme très proche de Blaise Compaoré, le président chassé par l’insurrection populaire. N’étant ni le plus gradé ni le plus connu, on pourrait s’étonner de ce choix, qui par ailleurs vient contrecarrer d’autres prétendants au sein de l’armée, le chef d’état-major de l’armée le général Honoré Nabéré Traoré qui s’était autoproclamé président à la suite des manifestations du 30 octobre, et l’ancien ministre de la défense et ancien chef d’état-major général aussi, le général à la retraite Kouamé Lougué. Le nom de ce dernier, populaire au sein de l’armée, et qui avait été limogé par Compaoré pour indécision dans une tentative présumée de push, aurait été scandé par les manifestants…

Ce qui apparaitrait le plus probable est que le colonel Zida commandant adjoint de l’unité la mieux équipée et la plus puissante de l’armée, de plus fidèle à Blaise Compaoré, a été mis en avant par Gilbert Diendéré, patron des renseignements, de la garde présidentielle, et homme le plus puissant de facto de l’armée. Très ancien compagnon de Compaoré, trop proche pour prétendre à quoi que ce soit de renouveau, il est réputé avoir participé à l’assassinat de Thomas Sankara le 15 octobre 1987, et à l’élimination des leaders qui avaient pris le pouvoir avec Compaoré en 1983, Jean Baptiste Lingani et de Henri Zongo. La question de savoir pourquoi le commandant adjoint du régiment de sécurité présidentiel et non pas celui qui dirige cette unité le colonel Boureima Kéré, n’aura pas eu le temps d’être débattue…

C’est donc très probablement un fidèle de Diendéré, de Blaise Compaoré et la Françafrique qui a géré le départ de Compaoré et la venue du président intérimaire désigné Michel Kafando ancien diplomate. Lequel Kafando, ancien homme politique et diplomate de la Haute Volta puis du Burkina Faso sous Compaoré, avait été considéré en son temps comme un des maillons manœuvriers de l’arrestation de Thomas Sankara le 17 mai 1983…

Les Anti-sankaristes se maintiendraient-ils au pouvoir avec leurs soutiens et amis de l’extérieur ?

Tout en espérant dans la force du peuple et dans la conversion démocratique ou à l’intérêt public des acteurs non déclarés du destin burkinabé, il est difficile d’accorder sincérité au scénario apparent de la transition. Quelle est la position de ceux qui ont toujours soutenu Compaoré et son régime ? Est-il imaginable que ce pays présent par ses militaires et réseaux d’information dans la sous-région sahélienne, collaborant avec les forces spéciales françaises présente au Burkina Faso notamment, actif sur les questions maliennes, libériennes, sierra-léonaises, ivoiriennes, les prises et libérations d’otages s’oriente vers une véritable transition démocratique sans l’action de la France et des pays Occidentaux tels que les Etats-Unis d’Amérique ?

Alors qu’un quasi-monopole informationnel est détenu par les sources françaises sur le Burkina Faso (RFI, France 24, …), la transition, les images frappantes, il est à craindre que le récit d’une transition populaire vite validé, d’un printemps noir médiatique, cache bien des continuités dans lesquelles les Burkinabé et les Africains ne se retrouveront pas nécessairement. Sauf si…   

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