Relance ou Décroissance économique il faut choisir, disent les «objecteurs de croissance»

Eminent économiste de tendance très critique par rapport à l’orthodoxie économique, néolibérale, auteur récemment de Le pari de la décroissance (2006), Serge Latouche développe une intense réflexion sur l’Après-Développement. Partant de l’insoutenabilité d’un modèle économique marqué par la quantité, la surconsommation, les gaspillages et l’épuisement des ressources de la planète, il prône une société où la justice sociale remplacerait l’économisme, la qualité de la vie la quantité, la coopération la compétition, la décroissance le productivisme.

«Décroissance ou relance ?» par Serge Latouche

Pour l’économiste Christophe Ramaux [1], sans relance de la croissance et de la consommation, la réduction du temps de travail (solution généralement attribuée aux «décroissants») ne suffirait pas à restaurer le plein emploi. Dans l’optique des échéances de 2007, il pose très justement la question : «Peut-on concevoir un programme qui rassemblerait des partisans de la décroissance d’un côté; du plein emploi, de la hausse des salaires et des droits sociaux de l’autre?» Dit plus brutalement, dans notre jargon, peut-on penser un programme commun entre productivistes et antiproductivistes ?

Pour les «objecteurs de croissance», la relance par la consommation et donc par la croissance étant (en principe) exclue, une réduction féroce du temps de travail imposé, est, en effet, une condition nécessaire pour assurer à tous un emploi satisfaisant dans l’horizon (pour la France) d’une réduction des deux tiers de notre consommation de ressources naturelles. Selon Ramaux, «les données sur longue période attestent que c’est bien le niveau de la croissance qui supporte l’essentiel du soutien à l’emploi» [2]. C’est bien possible, mais les données environnementales, elles nous démontrent que persévérer sur la voie de la croissance mène à la catastrophe toutes classes confondues...

«Décélérateur» impénitent et partie prenante au débat, Jean-Marie Harribey, bien que partisan inconditionnel de la RTT, persiste à tenter une médiation entre «décroissants» et «relanceurs», et à proposer une synthèse entre productivistes et antiproductivistes. Il conclut sur la nécessité à «long terme» d’une «réorientation de la production [...] qui devra prendre le pas sur l’objectif de plus en plus absurde de croître infiniment sans savoir ce qu’il est bon de faire croître» [3]. Cependant, Ramaux n’est pas non plus opposé à une politique «écologique», pourvu qu’elle soit précisément dans le long terme... Bref, pour nos experts, il faut les deux : croissance (plus ou moins sélective) et RTT. Seule varie la proportion dans le mélange. Professeurs, votre souci de l’environnement vous honore, mais ce souci s’applique au seul «long terme». Or, je vous le demande, ne risquons-nous pas d’être tous morts bien avant ? Car, enfin, on ne peut plus remettre à plus tard le changement d’orientation. Sous peine de perdre sa raison d’être, la survie de l’humanité, la politique écologique doit être pensée dans le court terme.

Serge Latouche, Politis, 12-18 octobre, p. 27.

[1] Voir Politis n°907, et son livre Emploi : éloge de la stabilité, Mille et une Nuits, 2006. [2] Op. cit., p. 214. [3] Voir Politis n°910.

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